Sur un blog qui se voulait européen, mes articles ne sont pas toujours à la hauteur de mes ambitions initiales. Je voudrais quand même remédier à un manque crucial sur ce blog : l’absence d’article uniquement consacré à l’Europe. La réunion hier soir du club Européen m’en donne l’occasion.
Et oui, je suis incorrigible, je ne me suis pas inscrite au club français mais au club européen de Georgetown. Et pour la première réunion, nous avons eu droit à une séance de questions/réponses avec…José Maria Aznar, l’ancien premier ministre espagnol (petite pensée au passage pour David et Yoann) qui est prof ici à Georgetown (il faut penser à sa retraite quand on est politicien, sans vouloir polémiquer je me demande bien ce que va pouvoir inventer Chirac l’année prochaine…)
Je dois avouer que j’ai été très déçue par Mr Aznar : pour un ancien homme d’état, il était un bien piètre orateur et surtout son anglais ne semblait pas très assuré. Je dois aussi avouer que d’emblée je n’avais pas un avis très favorable : Mr Aznar m’évoque ce terrible sommet européen de décembre 2003 pendant lequel nos chers chefs d’état et de gouvernement se sont étripés sur le projet de Constitution, Mr Aznar ayant défendu l’ancien système de vote aux conseil européen qui favorisait l’Espagne. Vous parlez d’un grand européen !
Bien sûr on a eu droit au beau discours sur la nécessité d’une forte alliance entre l’Europe et les Etats Unis (Aznar n’a pas soutenu la guerre en Iraq pour rien). Quelqu’un est quand même allé le titiller en lui demandant l’effet que pourrait avoir sur l’UE une hypothétique indépendance de la Catalogne et du Pays Basque et Mr Aznar a répondu qu’il n’imaginait pas un seul instant que cela pourrait arriver. On en est venu à parler des choses sérieuses : l’immigration en Europe !
(Petite parenthèse, vous pouvez aller lire sur le site de The Economist http://www.economist.com/world/europe/displaystory.cfm?story_id=7911348 la chronique européenne « Charlemagne » de cette semaine justement consacrée à l’immigration, l’Economist est un journal anglais libéral favorable à l’Europe quand il s’agit de libéraliser, moins quand il s’agit d’union politique, mais il est toujours bon d’écouter ses détracteurs pour progresser. Selon The Economist, Bruxelles devrait aider les pays à coordonner leurs politiques d’immigration et non inventer une politique commune, l’immigration touchant de trop prêt à la citoyenneté, sujet national par excellence. Mais justement, pour moi, une politique commune sur l’immigration pourrait être un bon moyen de relancer l’Europe car c’est un sujet qui fait débat dans toutes les sociétés et qui touchent de prêt les citoyens. Quoi de mieux pour politiser un peu plus l’UE ? C’est pour moi un sujet à creuser.
Revenons à nos moutons, ou plutôt à notre ancien premier ministre un peu perdu en terre américaine. Devinez ce qu’il a répondu à cette question ? que les musulmans étaient un problèmes en Europe car contrairement aux immigrés d’Amérique latine par exemple, ils n’avaient pas la même religion et ne voulaient pas s’intégrer ! Quelle belle tolérance ! Je préfère celle de Cordoue ou Grenade au temps des Maures au Moyen Age. Mr Aznar aurait aussi du savoir qu’ici aux Etats Unis, ce n’est pas très politiquement correct de parler des « musulmans » de la sorte. Et même qu’importe le politiquement correct, en ces temps difficiles, une telle remarque ne donne pas une très bonne image de l’Europe.
Il y a encore bien à faire, Européennes, Européens convaincus de tous pays, levez-vous !
