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regard sur l'Europe

Vendredi 15 septembre 2006

Sur un blog qui se voulait européen, mes articles ne sont pas toujours à la hauteur de mes ambitions initiales. Je voudrais quand même remédier à un manque crucial sur ce blog : l’absence d’article uniquement consacré à l’Europe. La réunion hier soir du club Européen m’en donne l’occasion.
Et oui, je suis incorrigible, je ne me suis pas inscrite au club français mais au club européen de Georgetown. Et pour la première réunion, nous avons eu droit à une séance de questions/réponses avec…José Maria Aznar, l’ancien premier ministre espagnol (petite pensée au passage pour David et Yoann) qui est prof ici à Georgetown (il faut penser à sa retraite quand on est politicien, sans vouloir polémiquer je me demande bien ce que va pouvoir inventer Chirac l’année prochaine…)

 Je dois avouer que j’ai été très déçue par Mr Aznar : pour un ancien homme d’état, il était un bien piètre orateur et surtout son anglais ne semblait pas très assuré. Je dois aussi avouer que d’emblée je n’avais pas un avis très favorable : Mr Aznar m’évoque ce terrible sommet européen de décembre 2003 pendant lequel nos chers chefs d’état et de gouvernement se sont étripés sur le projet de Constitution, Mr Aznar ayant défendu l’ancien système de vote aux conseil européen qui favorisait l’Espagne. Vous parlez d’un grand européen !

Bien sûr on a eu droit au beau discours sur la nécessité d’une forte alliance entre l’Europe et les Etats Unis (Aznar n’a pas soutenu la guerre en Iraq pour rien). Quelqu’un est quand même allé le titiller en lui demandant l’effet que pourrait avoir sur l’UE une hypothétique indépendance de la Catalogne et du Pays Basque et Mr Aznar a répondu qu’il n’imaginait pas un seul instant que cela pourrait arriver. On en est venu à parler des choses sérieuses : l’immigration en Europe !

(Petite parenthèse, vous pouvez aller lire sur le site de The Economist http://www.economist.com/world/europe/displaystory.cfm?story_id=7911348 la chronique européenne « Charlemagne » de cette semaine justement consacrée à l’immigration, l’Economist est un journal anglais libéral favorable à l’Europe quand il s’agit de libéraliser, moins quand il s’agit d’union politique, mais il est toujours bon d’écouter ses détracteurs pour progresser. Selon The Economist, Bruxelles devrait aider les pays à coordonner leurs politiques d’immigration et non inventer une politique commune, l’immigration touchant de trop prêt à la citoyenneté, sujet national par excellence. Mais justement, pour moi, une politique commune sur l’immigration pourrait être un bon moyen de relancer l’Europe car c’est un sujet qui fait débat dans toutes les sociétés et qui touchent de prêt les citoyens. Quoi de mieux pour politiser un peu plus l’UE ? C’est pour moi un sujet à creuser.


Revenons à nos moutons, ou plutôt à notre ancien premier ministre un peu perdu en terre américaine. Devinez ce qu’il a répondu à cette question ? que les musulmans étaient un problèmes en Europe car contrairement aux immigrés d’Amérique latine par exemple, ils n’avaient pas la même religion et ne voulaient pas s’intégrer ! Quelle belle tolérance ! Je préfère celle de Cordoue ou Grenade au temps des Maures au Moyen Age. Mr Aznar aurait aussi du savoir qu’ici aux Etats Unis, ce n’est pas très politiquement correct de parler des « musulmans » de la sorte. Et même qu’importe le politiquement correct, en ces temps difficiles, une telle remarque ne donne pas une très bonne image de l’Europe.
Il y a encore bien à faire, Européennes, Européens convaincus de tous pays, levez-vous !

 

 

 

Par Camille Lépinay
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Dimanche 17 septembre 2006

Cet article a un peu le goût des récentes controverses sur les paroles du pape concernant la religion musulmane. En décrivant ma rencontre avec Aznar, je ne voulais pas du tout entrer dans une controverse sur sa politique en Espagne, son passé franquiste etc..., domaine que je ne connais pas assez pour pouvoir émettre un jugement. J'ai juste voulu insister sur l'étonnement que m'a inspiré cet ancien politicien invité à une réunion d'un Club "européen". Je dois concéder à Mr Aznar que le fait de parler dans une langue étrangère pouvait être un handicap (j'en fais l'expérience tous les jours). Cependant un homme politique de ce niveau est quand même censé parler anglais !

J'ai supprimé les commentaires parfois  assez ambigus qui ont pu être faits sur mon article et qui me semblent atteindre à la dignité de Mr Aznar qui, bien que je ne partage pas du tout ses idées sur l'Europe et l'immigration, reste un homme et mérite à ce titre un minimum de respect. Certains crieront peut être à l'atteinte à la liberté d'expression mais je les invite à avoir leur propre blog s'ils veulent s'exprimer ainsi, je ne souhaite simplement pas cautionner sur mon blog des commentaires qui auraient pu être mal interprétés.

De même je présente mes excuses à toute personne qui a pu se sentir offensée par mon article et notamment l'expression "parler anglais comme une vache espagnole". Même si je précisais que mes amis espagnols parlent très bien  anglais, j'ai préféré supprimer ce "trait d'esprit" qui a pu être de mauvais goût.

Cet incident est une bonne illustration de la difficulté de parler politique sur un blog. Ceux qui sont intéressés par ce débat pourront aller faire un tour sur le blog de Etienne Mangeot, étudiant de Sciences Po engagé à l'UNI (syndicat étudiant de droite) et qui est aussi à Georgetown cette année : http://washington-live.blogspot.com/. Vous pourrez y lire un autre point de vue sur l'allocution de Mr Aznar. Certains de ces articles sont de véritables plaidoiries pour Mr Sarkozy. Je ne le cautionne pas, d'autant que je trouve que notre ministre de l'Intérieur a parfois eu des mots et des actes peu respectueux de la personne humaine. Je pense par exemple à ces "quotas" officieux de reconduite à la frontière (cf. le Canard Enchaîné des premières quinzaines d'août, le ministre de l'Intérieur aurait dit aux préfets qu'il souhaitait tant de reconduites à la frontière d'ici la fin de l'année) qui me font penser aux quotas staliniens. Là encore je prends des gants et je précise que cette remarque concerne certains actes et les propos de Mr Sarkozy et non sa personne que je ne compare pas du tout avec Staline. Le débat sur les blog politiques reste ouvert sur ce blog à tous ceux qui le souhaitent et qui accepteront cette règle de base, que je m'efforce de respecter. J'ajoute cependant que Mr Aznar ne l'a pas respecté quand il a déclaré que les musulmans étaient le problème de l'Europe et c'est ce que je lui reproche.

Par Camille Lépinay
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Samedi 23 septembre 2006

Hier soir, c’était la French Culture night de la GLC (pour ceux qui auraient raté un épisode cf. une "Communauté de vie globale"). Jeanne et Maximilien, les 2 autres français, Valérie, franco-américaine, et moi avions la lourde tâche de présenter la France à nos camarades de la GLC. Nous avions surtout à assurer la réputation de la cuisine française ! Ce n’était pas si simple : cuisiner pour environ 20 personnes, avec un budget de 40$ (il a bien sûr fallu y mettre de notre poche), et dans une cuisine avec un seul feu demande une bonne logistique et beaucoup d’humilité. Il a fallu faire des choses simples et nous avons donc revisité les classiques :

        -          la ratatouille (particulièrement appréciée)

-          le gratin dauphinois

-          la quiche lorraine

-          les crêpes (aux Etats Unis c'est le plat français par excellence alors que c'est breton, mais les américains adorent)

-          le far breton

-          et sans oublier la baguette et  le fromage : et oui nous avions finalement réussi à trouver du camembert « Président » (heureusement en promo), du comté et du chèvre. L’américain qui nous avait aidé pour les courses nous avait pourtant dit que ces compatriotes n’aimaient pas les fromages forts (par comparaison au cheddar industriel que l’on vend ici) mais nous avons été agréablement surpris de voir que lui le premier les avait appréciés.

Comme l’alcool est interdit pour les moins de 21 ans aux USA, nous n’avons pas pu acheter de vin et nous nous sommes contentés, oh sacrilège, des stocks de coca de la GLC.
Bien sûr on aurait pu faire mieux mais en tout cas nous avons tous passé un bon moment à manger, écouter de la musique française (de Piaf à Indochine).

 

 

 

 

 

 

La soirée s’est terminée par le film «l’Auberge espagnole ».

Je dois avouer que c’était la première fois que je le voyais. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, ce film raconte les joies et les déboires d’un jeune français qui part en Erasmus à Barcelone et qui partage un appartement avec un allemand, un italien, un danois, une anglaise une espagnole et une belge. Si les puristes de la langue française peuvent être choqués du niveau de vocabulaire des jeunes et si certains passages sont sans surprise, ce film est très distrayant et a le mérite d’illustrer cette Europe que l’on est en train de bâtir grâce aux échanges Erasmus. Je regrette parfois un peu de mettre envoler aux USA et d’avoir louper cette expérience, mais qui sait, j’aurais peut être une autre occasion … En tout cas j’ai une petite pensée pour mes camarades de Sciences Po qui sont en ce moment en Erasmus et qui sont peut être même en train de chercher une collocation... Je vous souhaite bonne chance et beaucoup de plaisir !

Reste un petit mystère : à la fin du film, une des américaines m’a dit qu’elle avait été surprise par cette image de l’UE vu que la plupart de ces professeurs de relations internationales présentaient l’UE comme une mauvaise idée. Je n’ai pas réussi à en savoir plus et j’entends bien percer ce mystère.

 

 

Par Camille Lépinay
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Mardi 3 octobre 2006

Une petite expérience personnelle vient de renforcer ma profonde conviction que la Commission européenne joue un rôle capital dans l’Union européenne.

 

Petite explication : le week end dernier, j’ai joué à l’huissière d’une réunion de l’OAS (Organization of American State = l’organisation des États Américains). En effet, j’ai participé à la National College Security Conference (NCSC). Les universités américaines (et désormais aussi Sciences Po) organisent des simulations de sessions des Nations Unies. Celle à laquelle j’ai assistée, organisée par Georgetown, était un peu particulière puisqu’il ne s’agissait pas seulement de simulations de débats aux Nations Unies mais aussi au sein d’autres organisations internationales ou au sein du gouvernement français.

 

Je faisais partie du comité « Organisation des États américains » en tant que « rapporteuse » c'est-à-dire que j’étais chargée d’assister la Présidente des débats pour imprimer les résolutions, faire circuler les messages entre délégations… En fait, j’étais très déçue de l’expérience qui a été plutôt ennuyeuse. 19 pays américain étaient représentés chacun par un étudiant et l’objectif était d’arriver à une résolution passée à l’unanimité.

 

Les débats portaient sur la sécurité sur le continent américain, notamment les problèmes de trafic de drogue, et sur la promotion de l’éducation. Mais ils étaient interminables et j’avais l’impression qu’ils ne décollaient pas des grandes généralités. C’est devenu un peu plus excitant le dernier jour quand ils ont essayé de passer une résolution sur la lutte contre la corruption et que le représentant de Cuba a commencé à faire des siennes sur la liberté d’expression et les atteintes à la souveraineté. Je dois reconnaître que les autres représentants m’ont impressionné car ils ont réussi à changer ce qu’il fallait sans trop renier leur conviction pour que Cuba vote pour. Il n’en demeure pas moins que je ne garde pas un excellent souvenir de ce week end.

 

 

Pour autant, « de l’échec il ne faut tirer que la leçon » (merci maman). J’ai donc profité de cette expérience pour comparer le fonctionnement des organisations internationales et notamment comparer cette expérience de simulation à l’OAS avec une précédente simulation de négociation au Conseil européen que j’avais réalisé l’année dernière.

 

Dans le cadre d’un programme sur l’UE, j’avais en effet joué le rôle de la Grèce dans la négociation d’une directive européenne pour créer une Agence Européenne du Rail. Le projet de directive était réel et l’agence avait été créée mais nous avions à faire comme si nous étions les représentants des États membres.

 

La grande différence avec l’OAS était que nous avions déjà un document de travail, une base pour négocier et que l’un de nous jouait le rôle de la Commission chargée de concilier les parties. Je peux vous assurer que c’est beaucoup plus efficace que de partir de rien. En plus, la Commission cherche à concilier les points de vue sans défendre un quelconque intérêt national. Bien sûr je suis consciente que la réalité de ces organisations internationales est sûrement différente de nos simulations. Cependant, je pense pouvoir généraliser à partir de mes expériences que la présence d’une tierce partie, neutre, et conciliatrice a un impact décisif dans une négociation.

 

D’où mon enthousiasme pour la Commission même si je suis déçue par l’actuel président de la Commission, Mr Barrosso. Il a quand même eu le mérite la semaine dernière d’aller en Afrique pour voir ce que l’Union européenne pouvait faire pour aider l’Union Africaine au Darfour : voilà une bonne nouvelle pour la diplomatie européenne. (pour les curieux, je les renvoie à un article de la BBC : http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/2/hi/africa/5398502.stm )
Par Camille Lépinay
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Mardi 7 novembre 2006

Décidément, ce jour d'élection m'inspire. En fait, dans mon cours d'allemand, nous avons aujourd'hui simulé un débat d'experts sur la réforme du système universitaire allemand. Je dois préciser que je suis la seule européenne du groupe. Et j'ai réalisé à quel point notre culture pouvait restreindre nos façons de penser. Petites illustrations.

 

Tout d'abord, un des "camps" devait présenter le système américain, que beaucoup voient comme un modèle pour réformer nos pauvres universités européennes. La présentation était caricaturale des "valeurs américaines": le système permettait à chacun une gamme de choix beaucoup plus large, la concurrence permettait aux universités de progresser, les étudiants payent des droits de scolarités parce qu'ils investissent dans leur futur et c'est aussi un moyen de les motiver, les plus pauvres peuvent toujours aller dans les "communities college" (des universités de 2 ans au lieu de 4, beaucoup moins prestigieuses) donc tout le monde a une chance d'étudier (entendre "égalité des chances")...Cela ne vous rappelle pas le modèle américain fondé sur l'individualisme, l'émulation, l'investissement...

Quand à moi, en bonne petite française, j'ai eu le malheur de suggérer que le but de l'éducation se sert pas seulement à former à un métier mais aussi à former des citoyens, ce qui est une justification pour que l'Etat intervienne (j'aurais pu aussi parler des externalités positives de l'éducation pour la collectivité). Et là je me suis heurtée à une incompréhension majeure: mes camarades américains ne pouvaient pas imaginer une intervention de l'Etat pour former des citoyens ! Après réflexion j'ai réalisé à quel point c'était très français (souvenez-vous: le rôle de l'Etat dans la construction de la nation notamment par l'école de la 3e République qui a appris à tous les petits français notre belle langue, notre histoire...). Je dois reconnaître que je n'ai pas eu le temps d'expliquer que je n'imaginais pas un modèle totalitaire de formation du citoyen mais plutôt que l'éducation permet à chacun de prendre de la distance pour voter de façon plus "éclairée" et éviter par exemple l'élection d'un nouvel Hitler.

 

Je me pose quand même une question: cette fixation sur l'Etat est bien française mais j'ose croire que l'accent sur l'intervention publique est largement partagée en Europe (peut être un peu moins au Royaume Uni?). Est-ce une déformation française de projeter cet idéal d'Etat en Europe ? (par exemple en promouvant les "services publiques" au niveau européen).

 

En fait, je crois que le défi posé par l'Europe consiste à créer une nouvelle forme d'Etat au niveau européen. Non pas un Etat comme nous l'avons connu en France puisque notamment il faudra articuler au moins 3 niveaux de gouvernement :européen, national et régional/local (je pense ici aux pays fédéraux comme l'Allemagne). C'est aussi selon moi moins un Etat qui intervient directement mais plus qui régule en fixant des règles fondamentales et en orchestrant la délégation des missions de services publics.

Et pour revenir à nos universités, je me demande si cela ne pourrait pas être une politique européenne. Je pars du fait que la plupart des pays européens doivent réformer leur universités notamment face aux problèmes d'insertions sur le marché du travail et face à la nécessité de former des travailleurs qualifiés. Certains pays comme l'Allemagne ont déjà bien avancés. Les mêmes idées reviennent: plus d'autonomie pour les universités, des droits de scolarités pour permettre aux universités d'avoir plus de moyens mais compensés par plus d'aides financières aux étudiants, plus de concurrence entre les universités, l'idée que l'Etat (entendez l'autorité centrale) doit moins intervenir directement mais doit plutôt fixer des standards et la communauté doit dépenser plus pour l’éducation supérieure… Dans ce cas pourquoi ne pas créer un espace universitaire européen dans lequel les universités seraient autonomes, dont l’UE pourrait fixer le cadre réglementaire et qui serait financé au niveau européen. L’Europe a déjà le programme Erasmus et cela a joué un rôle majeur dans la formation d’une certaine identité européenne entre les jeunes. Bien sûr cela signifierait une concurrence accrue entre les universités mais en même temps on peut imaginer sur  le modèle du marché unique, que l’UE pourrait aider financièrement les universités défavorisées (pour qu’elles sortent de la spirale mauvaise réputation ® peu d’élèves ® moins d’argent) ainsi que les étudiants ayant peu de moyens (avec des bourses). Surtout cela

 

nécessiterait de se mettre d’accord sur des thèmes majeurs comme la sélection à l’entrée de l’université, l’objectif premier de l’université (simple formation professionnelle ou formation intellectuelle) ce qui n'est sans doute pas facile et ce qui nécessiterait une meilleur démocratie européenne.

J’ai besoin de mûrir ce qui n’est encore qu’une vague idée mais je serais intéressée par connaître votre opinion sur le sujet pour pouvoir avancer dans la réflexion.

 

Camille

Par Camille Lépinay
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